les aventures vertigineuses de Cecilia et Marquito au pays des pierres qui roulent !

10 noviembre 2005

Potosi en noir et blanc

On adore la Bolivie, malgré sa pauvreté, parce que les gens ont du coeur et du caractère. Les villes aussi ont de la gueule.
Ici beaucoup d'enfants bossent et dorment dans la rue. Il y a bien une loi qui interdit le travail des mineurs, mais il n'y a aucun contrôle.
Du gentil cireur de chaussures à la vieille qui vient demander l'aumône de quelques frites jusque dans ton assiette parce qu'elle a faim, les sollicitations ne manquent pas. Comme vous vous en doutez, les conditions d'hygiène ne sont pas encore au top : les gens balancent les emballages dans la rue d'un geste désinvolte, les enfants pataugent et se soulagent dans les mêmes flaques. A côté de ça on trouve aussi des signes extérieurs de richesse : magasins de luxe, costards cravates, 4x4 rutilants.

On a visité hier les mines d'argent de Potosi, toujours actives depuis 450 ans. Les oreilles bourrées de PQ pour atténuer le bruit des explosions de dynamite, le chech passé sur le visage, on a suivi un ex-mineur sur des echelles descendant au centre de la terre... Là, les hommes poussent des wagonnets, forent à l'air comprimé et boivent de l'alcool a 96 degres.
Dans les cadeaux qu'on amène: des rafraîchissements (il fait chaud, jusqu'à 30 degrés), des cigarettes, et les feuilles de coca indispensables, qui servent à la fois de filtre (ils respirent des poussières de silice) et de nourriture pour la journée.
Dans une partie retirée de la mine, les mineurs se réunissent autour d'une statuette representant le diable (el tío) en érection, propriétaire des richesses du sous-sol. Ils lui allument une cigarrette, mettent la coca a portée de sa main... les méthodes d'exploitation de l'argent et l' image du diable, voilà deux jolis cadeaux apportés dans leur bagages par les européens.
Une fois l'an on égorge six lamas à l'entrée de la mine, on badigeonne les murs de leur sang, on s'en peint le visage. C'est un sacrifice à la pacha mama / la terre mère. Autre élément constitutif de la vie des villages autour de Potosí : le Tinku ou l'art du combat rituel. Tous les ans durant deux à trois jours les campagnards se réunissent en ville, vêtus de leur habit traditionnel. Ils dansent en rondes au son du charango et boivent du "whisky bolivien", le "puro" ou “alcool potable” (l'alcool a 96 des mineurs) et puis certains se battent à coup de poings ou de pierres, en rythme. Que ce soit pour régler un conflit familial, ou pour rien, ça permet en tout cas d' évacuer la frustration et la colère accumulées. Il y a des blessés, et mêmes des morts, qui sont considérés commes sacrifiés à la pacha mama, en lieu et place des lamas.

La ville a son côté agréable, malgré la violence des contrastes, pour ses ruelles, ses toits, ses monuments et ses pentes. Potosi est une des villes les plus hautes du monde, à 4100 m!
C'était aussi, au début du 18e, la ville la plus grande et la plus riche du monde !
Les indigènes avaient découvert de l'argent sur le cerro rico / mont riche qui domine la ville. Leur commerce étant basé sur le troc, ils n'utilisaient l'argent que pour la fabrique d'objets de culte. Aussi ont-ils déclaré la montagne sacrée, puisque dans leur religion les montagnes sont des "apus", des divinités.
Là dessus les espagnols arrivent et soumettent tout le monde. En attestent les tableaux religieux peints par les natifs de l'époque, dont un, très étonnant, représente le cerro rico personnifié en sainte vierge, ce qui renvoie à la "pacha mama", la terre-mère.
Cette montagne recèle le plus riche filon d'argent jamais découvert au monde, ce qui contribue grandement à la fortune de la couronne espagnole. On fait venir des esclaves d'Afrique pour travailler à la mine. Les immenses roues et madriers qui composent les machines destinées à aplatir l'argent sont acheminés d'Espagne. La monnaie repart dans des caissons à vingt serrures pour un voyage incroyable : routes montagneuses jusqu'à Arequipa au Pérou, puis, de la côte péruvienne par bateau jusqu'a l'amérique centrale qu'ils traversent par voie de terre à hauteur de Panama. De là des bateaux repartent vers l'europe par la mer des caraïbes, où les attendent bien gentillement les pirates hollandais et français !
Peu d´européens connaissent l´histoire de Potosi, qui selon certain est à l'origine du capitalisme ! La forme même des pièces de monnaie a été inventée ici : le crénelage circulaire a été ajouté pour qu'on ne puisse plus grapiller quelques miettes d'argent sur le pourtour.

Le passé de cette ville, lié a l'europe, nous donne envie de connaître mieux notre propre histoire.

Donc les mines fonctionnent encore aujourd'hui et font pas mal tourner l'économie du pays ( mais bien moins que la coca). On a vu de la boue d'argent à ramasser a la pelle, ici une tonne de ce precieux metal vaut a peine 1500 dollars, soit 1.5 dollar le kilo ! Mais ce n'est plus la qualité d'antant et c'est aussi grâce au zinc et au plomb que la mine reste rentable. Si l'on ajoute les ressources incroyables que nous avons découvertes pendant le tour (petit rappel: Or, sodium, borax, souffre, calcium, magnésium, gypse, diatomées, sans oublier le pétrole, la coca, l'eau et l'exploitation électrique de l'énergie des geysers et des torrents) on se demande pourquoi les gens crèvent la faim ici ! Mais encore aujourd'hui la Bolivie a du mal a garder ses ressources et ses capitaux.

Si vous voulez voir des images des mines de Potosi (nous on en a pas pris) on a rencontré un photographe, Loïc Venance, qui bosse sur le sujet :
http://loic.venance.free.fr

1 Comments:

Anonymous Anónimo said...

Le reportage photographique de Loïc Venance est hallucinant... Nous,les Stéphanois,connaissons ce monde en visitant les anciennes mines,mais la condition des ouvriers de Potosi n'est pas dans un musée:elle est la triste réalité de notre monde contemporain et malheureusement loin d'être unique au monde...

8:05 a. m.

 

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