Volcan Tunupa
J'ai quelques dizaines de minutes pour finaliser nos courses et je file au marché, ou j'essaie de faire le maximum de change en petite monnaie (on sait qu'en quittant la ville on risque de rester en rade avec nos billets de 100 bolivianos). Je me fais presser un litre d'oranges-bananes-mangue-citron dans un stand sur la rue, ça fera notre apport en vitamine vu que j'ai pas trouver grand chose en fruits frais. Et soudain je me rend compte que l'horreur occidentale m'a rattrapé : je manque de temps ! Et, chose inconcevable ici, je me met à courir avec mes sacs. Mais nous sommes à 3700 m d'altitude, dans une région ou l'air est tellement sec qu'on se fait passer le truc à lèvres toutes les 5 minutes. Autant dire : on est pas chez mémé. Alors je l'ai choppé le bus, en me traînant comme un veau asthmathique piqué à la morphine qui ferait le marathon dans un sac a patate. Heureusement la musique couvre le bruit de cornemuse rouillée qui me fait office de souffle, ou malheureusement puisqu'il s'agit de visión 2000 (prononcer vissione dosmil) un des plus fameux groupe folklorique bolivien et qui nous fait un peu le même effet que l'aïoli au conte Dracu.
C'est génial de prendre ce bus local, qui nous emmène loin des formules touristiques, au milieu des paquets de quinua qu'on aide a charger et décharger, des bagages et des conversations courtoises sur la pluie et le beau temps.
Le bus nous laisse en plein salar, au milieu de nulle part donc, en vue du Tunupa qu’on regardait depuis un moment s’approcher avec envie.
On est les seuls a descendre là, le bus s’éloigne.
Le volcan Tunupa : montagne rouge, jaune, blanche, couronnée d’une crête dentelée de rochers gris-verts, quand ils ne sont pas recouverts de neige (on peut vous le dire on a vu les deux).
On rejoint la côte, puis on la suit, avec vue sur la mer de sel et bientôt sous la pluie, jusqu’à Coquesa, dix kilomètres plus loin. On a la chance de trouver une auberge dans ce petit village désert. Bougies, broc d’eau et bassine pour faire office respectivement de chasse d’eau et de lavabo, c’est le confort de base auquel on est habitués. On en revient pas de regarder le salar. On se fait à l’idée que les îles, là-bas à l’horizon, sont accessibles à pied. Le soir, énorme étoile filante.
Le matin a l’aube, 5h, total dans le gaz, on décolle pour l’ascension. On fait les premiers 1000m sans trop se rendre compte qu’on souffre, mais on est vite rattrapés par un groupe de touristes hollandais et ça ne compte pas parce qu’ils ont fait la moitié de la montée en 4x4 avec leurs guides.
On atteint le premier mirador (beauté du volcan). Un peu plus loin dans l’ascension on apercoit, le long d’un versan pierreux, un chemin « à la Bruno Roussel » qui, même s’il faut redescendre un peu, pourrait nous permettre de faire la ballade seuls et d’aller plus haut !
Mais on est bien d’accord et je dis ca pour rassurer les lecteurs les plus sensibles : si ça ne passe pas ou difficilement, on ne redescend pas, on essaie d’aller en haut coûte que coûte, et je ne rigole pas avec ces choses là.
Ça passe très bien et on monte tranquillement en soufflant comme des phoques insomniaques qui feraient le triathlon avec des chaussures de clown en plomb (vous allez me dire ça n’a pas de pied un phoque, hé, c’est justement pour ça que c’est très très dur !).
La seconde partie cependant, qui doit nous amener juste en dessous des dents du Tunupa, est un grand pierrier fait de gros blocs qui roulent un peu. Ca impressionne Cécile, ou peut être sont-ce les effets de l’altitude ou les nuages qui se rassemblent sombrement... On se prépare à redescendre quand elle se reprend et décide de gravir à l’arraché les derniers mètres qui nous séparent de notre sommet (bon, pas celui du Tunupa qui n'est accessible qu'en partant sur l'autre face et en se privant de la vue sur le salar à l'ascension, mais à plus de 5000 quand même). Victoire !
Malheureusement, les dents sont couvertes, mais la vue reste incroyable : le salar à trois cent degrés, horizon courbe qui perturbe les perceptions.
Descente dévalée selon la technique ancestrale, les viscaches (c’est un gros lapin avec une tête d’écureuil) se planquent sous les rochers et les serpents dans les herbes.

Des lamas nous attendent dans des champs de quinua clôturés par de hauts murs de pierre. Le salar à la descente, tacheté de l’ombre des nuages, est l’une des plus belles choses qu’on ait vue, ce que je ne manque pas de dire aux habitants. Ça les fait rigoler et je crois comprendre qu’ils préfereraient de l’herbe et des arbres.
Le lendemain, la course aller-retour vers la grotte aux momies fait office de décrassage violent. On a la clef et on est seuls avec les momies, séquence émotion de courte durée puisque le bus du retour n’attend pas et on ne sait pas quand passe le prochain (dédicace Benoit Laure). Tout ça met en évidence que, god damn it, on tient la forme ! 

3 Comments:
Je ne savais pas (décidément, quelle inculture... ) que Lawrence d'Arabie était passé par la Bolivie!
3:48 p. m.
Et ben comme quoi vous en aurez appris des trucs en nous lisant ! Et à côté de Lawrence, Karen Blixen, qui elle aussi grimpait le Tunupa en même temps que nous !
4:57 p. m.
Coucou, j'adore plein de truc mais là, le rocher vert, je suis scier, j'espere que vous lui avait dit bonour de ma part. Cécile, je boit toujours des cafés pour toi!!! bisouxxx
m
1:36 p. m.
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